L’alimentation du lapin

Voici enfin cet article sur l’alimentation du lapin. Ceux qui commencent à me connaître savent l’importance que j’attache à l’alimentation en général dans le cadre de la prévention des maladies.  Mais surtout force m’a été de constater que nombre de mes patients lagomorphes sont mal nourris, pour ne pas dire carrément empoisonnés tout à fait involontairement par leurs propriétaires.  Par défaut de connaissances ou même suite à des conseils inappropriés de leur entourage, de vendeurs en animalerie ou d’internet.

J’ai vu plusieurs patients mal nourris donc, au péril de leur santé à plus ou moins long terme.  Je vais tenter ici de vous donner quelques pistes importantes pour la nutrition de vos petites bêtes aux grandes oreilles.  Pour ce faire, voici d’abord quelques informations sur la physiologie très particulière du lapin, qui sont utiles pour comprendre la suite.

1° Le lapin, contrairement au chien, au chat ou à l’homme,  a des dents dites hypsodontes. Ce joli mot signifie notamment qu’elles grandissent continuellement, et ce durant toute la vie de l’animal. Cette croissance permanente est compensée par une usure permanente, dans laquelle intervient aussi l’alimentation.  Le broyage régulier d’un régime riche en fibres est nécessaire à une bonne usure.  D’autres facteurs sont impliqués dans les problèmes dentaires (fréquents !) rencontrés chez le lapin, dont la malocclusion congénitale qui touche plus fréquemment les lapins nains : les dents, mal coaptées dès le départ, ne peuvent s’user correctement  l’une contre l’autre.

2° Le lapin, herbivore strict, a un système digestif qui nécessite pour son bon fonctionnement l’ingestion d’une part importante de fibres peu digestibles, et ce même si elles sont éliminées ensuite.  Ces fibres participent à la bonne contraction du tube digestif, afin que l’aliment avance à vitesse correcte, ce qui permet d’éviter les trichobézoards (boules de poils, fréquentes chez le lapin domestique qui se toilette beaucoup) et de maintenir l’équilibre des bactéries présentes en nombre particulièrement dans le caecum. Cet équilibre est fragile et rapidement perturbé : par le stress, par l’anorexie, par une alimentation inadaptée, par l’administration de certains (tous les ?) antibiotiques. Et le déséquilibre, qui fait parfois suite à une simple perturbation du transit, peut mener à des dysbactérioses très dangereuses : des bactéries pathogènes normalement présentes en faible quantité trouvent la possibilité se multiplier beaucoup trop, causant des diarrhées et/ou des toxémies potentiellement mortelles.

Pousse excessive chez un lapin qui ne mange pas de foin

Pousse excessive des dents chez un lapin qui se nourrissait exclusivement de pellets.

Dans la nature, le lapin se nourrit préférentiellement de jeunes pousses et de bourgeons plus appétissants lorsqu’ils sont disponibles, mais trouvent leur bonheur sinon dans le gazon, les mauvaises herbes,  les feuilles et l’écorce des arbustes.

Pour reproduire ce régime alimentaire en l’adaptant aux conditions de captivité du lapin domestique, la première recommandation est un accès permanent à du foin de bonne qualité.  Il existe de grandes variations selon la région, la saison et la technique de production qui font que conseiller un type particulier est difficile.  Cependant, le foin de Timothée, d’avoine, d’orge peuvent convenir. Le meilleur foin est probablement celui produit à base des herbes locales. Le foin de luzerne, très riche en calcium, devrait être réservé aux femelles en gestation ou en lactation et aux lapereaux en croissance, le lapin de compagnie étant sensible à la formation de sablose urinaire et aux calcifications dystrophiques des organes. Le foin de trèfle serait plus poussiéreux et aurait une plus grande sensibilité aux moisissures.

A côté du foin, les spécialistes conseillent la fourniture de verdure fraîche ainsi que de légumes, qu’il faudra introduire progressivement dans le régime.  Le lapin appréciera de disposer dans son régime de feuilles de pissenlit, de chou, de broccoli, de moutarde, de betterave, de fanes de carottes.  Vous pouvez également (et en liste non exhaustive) lui donner de l’herbe coupée, du fenouil, du persil, du trèfle, du céleri, du chou, etc. Les fruits ne sont pas nécessaires à l’équilibre alimentaire du lapin mais peuvent néanmoins être donnés en petites quantités comme friandises – gardez à l’esprit qu’ils sont riches en sucre – pour lui faire plaisir.

Le pellet, développé à l’origine pour faire grandir rapidement les lapins destinés à la consommation, est en général trop riche en protéines et trop pauvre en fibres. S’il est utile lors de la gestation et de la croissance, il devrait pour le lapin de compagnie adulte être limité en quantité.  Un lapin sédentaire recevra au plus 20g/kg de pellets dans sa ration, ceci pour prévenir l’obésité, la stase gastrique et les dysbactérioses.  De nouveaux pellets destinés au lapin de compagnie sont apparus sur le marché, mais qui ne sont à priori pas suffisants pour l’usure dentaire : n’oubliez pas le foin, et renseignez-vous chez votre vétérinaire.

Pyramide alimentaire du lapin - source www.fosterbunnies.com

Pyramide alimentaire du lapin – source www.fosterbunnies.com

Les mélanges de graines parfois vendus à destination des lapins sont une aberration : contenant des céréales, souvent trop pauvres en fibres, trop riches en hydrates de carbone et en graisses, ils permettent au lapin de faire le tri (il choisira les plus appétissantes), et le prédisposent notamment à l’obésité et aux dysbactérioses.  Ils sont donc à éviter. De la même manière que les « friandises » conçues comme des mélanges de graines agglomérés avec du miel (?!?).

mélange de grainesLa conservation de l’aliment, afin de préserver sa qualité et les vitamines, ne devrait pas être supérieure à 90 jours (consultez la date de fabrication sur l’emballage), à une température inférieure à 15.5°C.* Les végétaux frais doivent systématiquement être rincés à l’eau pour éliminer toute contamination éventuelle par herbicides, pesticides, fertilisants et déjections d’animaux sauvages.

L’eau doit être présente en tous temps. Elle doit être propre. Certains spécialistes recommandent la présentation en bols, plus représentative que la présentation en biberon des conditions naturelles, et où la prise de boisson serait plus importante (or elle est fondamentale pour diluer l’urine épaisse du lapin).  Cependant, les lapins ont tendance à renverser leurs bols, il faut donc choisir des bols fixés au sol ou trop lourds pour être déplacés. Certains lapins trempent leur fanon dans l’eau et peuvent s’ensuivre des problèmes de peau à ce niveau : ces animaux doivent alors être éduqués au biberon (mettre du sirop de maïs sur l’extrémité peut aider).

J’espère que ces quelques informations vous auront été utiles ou que, mieux, vous appliquiez déjà tous ces conseils ;)  N’hésitez pas à me contacter si vous aviez d’autres questions au sujet de votre boule de poils.  Et… bon appétit à lui!

Moutarde en pleine action... Miam!

Moutarde en pleine action… Miam!

*ces chiffres ainsi que d’autres informations fournies ici ont été extraits du livre de référence « Ferrets, rabbits and Rodents, clinical medicine and surgery, 2nd edition, 2004″. Les autres données et conseils sont tirés de formations spécifiques sur les lagomorphes et de ma pratique quotidienne.
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