Bouboue.

Bouboue est une lapine.  Une jolie lapine, noire et blanche, avec même les yeux bicolores.  Une lapine caline, qui profite de la vie, choyée qu’elle est par sa propriétaire, entre le jardin des parents en France et l’appartement en Belgique.  Une lapine voyageuse, qui est soignée par un vétérinaire en France.  Mais jusque là, elle va plutôt bien, elle a simplement été vaccinée régulièrement pour être protégée contre les maladies mortelles qui sévissent là où elle vit. (Oui, les lapins peuvent être vaccinés, et c’est même le plus souvent recommandé! Deux articles, sur le vaccin classique et le vaccin contre la RDHV2.)

Lorsque Bouboue arrive chez moi, c’est parce qu’elle débute une pododermatite. Cette maladie relativement fréquente sur laquelle je dois toujours faire un article… ;)   Sinon, elle va très bien.  Je donne alors les recommandations habituelles, surtout à ce stade environnementales et alimentaires.  Et nous parlons de stérilisation.  Parce que Bouboue, qui a bientôt 5 ans, n’est pas stérilisée.  Son vétérinaire n’a jamais insisté sur l’intérêt de la stérilisation chez la lapine.  Une fois informée, sa propriétaire prend directement rendez-vous pour la faire opérer.

Le jour de l’intervention, Bouboue est toujours en forme, sa propriétaire a modifié son régime alimentaire qui n’était pas tout à fait adapté (Au fait, savez-vous comment nourrir correctement votre lapin? Jetez-un oeil par ici!).  Elle est allée acheter du matériel pour lui installer un enclos pour qu’elle coure davantage dans l’appartement, dans lequel Bouboue, en lapine d’un naturel joyeux qu’elle est, s’éclate depuis comme une folle.

Boubou

Je la tranquillise, je l’installe sous oxygène et anesthésie gazeuse, et mon confrère me rejoint pour m’assister pour l’intervention.  Et là, à l’ouverture, très mauvaise surprise : en fait d’un tractus génital normal, Bouboue a un utérus rempli par un liquide nécrotique, sans doute produit récemment par une tumeur utérine qui s’est, elle, développée depuis quelques temps.  Sans rien dire.  Bouboue n’a pas perdu l’appétit (au contraire, elle a même accepté son changement de régime sans trop protester), elle n’a jamais eu d’écoulements anormaux, elle s’amusait dans son nouvel enclos quelques heures auparavant.

Sur une telle lésion, le post-opératoire est délicat.  Le choc hypovolémique, l’absorption dans le sang de toxines relarguées par la tumeur, d’éventuelles conséquences du cancer aux autres organes jusque là silencieuses sont autant de facteurs qui rendent le pronostic à court terme réservé. (Le pronostic à long terme de l’adénocarcinome, tumeur maligne, étant de toute manière mauvais malgré l’ablation chirurgicale.)  Et Bouboue n’a pas résisté, malgré la perfusion et autres mesures prises en post-opératoire, elle ne s’est pas relevée de l’anesthésie.

Utérus de Boubou

Cette histoire est à la fois très triste et très instructive.  Elle nous apprend, ou nous confirme pour ceux qui le savaient déjà, que les lapins sont des animaux qui montrent rarement des signes de maladie avant que ce ne soit trop grave.  Que les tumeurs utérines, c’est souvent moche, et que c’est une de ces pathologies que l’on découvre fréquemment trop tard.  Et que la meilleure technique pour les éviter, qui donne en plus une certitude quasi-absolue que le problème ne se présentera jamais, c’est de stériliser la lapine lorsqu’elle est jeune et en pleine santé.  Le fait d’enlever tout le tractus génital donne forcément une garantie qu’il ne se tumorisera pas.  Si vous souhaitez plus d’information sur la stérilisation des lapines (et la castration des lapins), vous pouvez lire cet article.

En mémoire de Bouboue.

Faites stériliser vos lapines.

Et vos chattes, et vos chiennes, mais ce sont d’autres articles. ;)

Et si vous voulez vous remonter le moral, je vous suggère de lire la jolie histoire de Zack, qui reste une de mes préférées.

 

Ce contenu a été publié dans Les aventures de.... Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.