Princesse!

Les gentils nouveaux propriétaires de Princesse ont perdu leur précédent chien, trop jeune, dans des circonstances difficiles.  Ils ont voulu adopter, très vite, une nouvelle petite boule de poils à aimer.  Ils sont âgés, ils ont réfléchi au type de chien qui leur serait adapté.  Ils ont jeté avec raison leur dévolu sur un Spitz nain, alias Loulou de Poméranie.  Puis, ils ont été au plus simple.  En animalerie.

Mais… Les animaleries ne sont-elles pas interdites?  Oui!  Et non.  Depuis le 1er janvier 2009, les chiens et les chats ne peuvent plus être vendus, détenus et exposés dans les magasins ou leurs dépendances.  Dans l’intention – excellente – d’éviter les achats impulsifs de chiens et de chats, qui débouchent trop souvent sur des abandons.  Mais il a été donné la possibilité à ces commerces de se reconvertir… en élevages.  Alors, si des petits magasins ont dû se limiter à vendre des articles inanimés, d’autres structures, plus grandes, plus imaginatives et avec de meilleurs contacts, se sont transformées.  Enfin, dans une certaine mesure.  Certaines d’entre elles s’affichent encore sans complexe comme magasin (elles vendent aussi des accessoires), mais avec un statut légal leur permettant la vente de chats et de chiens.  Autant pour éviter les achats impulsifs, elles affichent des photos de leurs articles sur internet.

vente

Revenons-en à notre petite Princesse.  Elle arrive chez nos heureux propriétaires un lundi, avec son contrat de 3 pages dédouanant l’animalerie de toute responsabilité ou à peu près en cas de maladie (qui lit les contrats qu’il signe quand on lui met une mignonne boule de poils qui le regarde avec amour dans les bras?).  Ils sont ravis, et elle aussi.  Mais quatre jours plus tard, ils m’appellent en panique.  Princesse a vomi plusieurs fois, elle est patraque, elle ne mange plus rien.  Lorsque j’arrive, elle est presque inanimée, et en la prenant pour l’examiner elle baptise mon pull d’une affreuse diarrhée noire et nauséabonde.  Je l’emmène immédiatement, nous la mettons sous perfusion, lui donnons du glucose en urgence alors qu’elle débute une crise d’épilepsie, et l’installons en soins intensifs.  Le pronostic est réservé, elle a deux mois, pas encore tous ses vaccins, elle pèse à peine 800g et est passée pas loin du coma.

Pendant les quatre jours qu’auront duré son hospitalisation, les responsables de l’animalerie prendront plusieurs fois de ses nouvelles.  Proposeront de la transférer chez leur vétérinaire.  Les propriétaires, qui ont confiance en moi (❤), décident de la laisser à nos bons soins.  Après 48h dans une situation délicate, Princesse commence à aller mieux.  Elle grignote un peu, ne régurgite plus autant, fait des selles avec un aspect un peu meilleur.  Ses propriétaires s’autorisent à nouveau à espérer.  Et deux jours plus tard, elle est clairement tirée d’affaire et peut rentrer chez elle!

Princesse

Au moment où les propriétaires se retournent alors vers l’animalerie, d’où Princesse est plus que vraisemblablement arrivée avec son germe, le ton change.  Ils n’entendent prendre aucune responsabilité dans l’hospitalisation du chien, ont d’ailleurs un contrat qui les protège, se fichent qu’on les dénonce sur internet, et – là j’ai ri – « me trouvent trop chère ».  En toute transparence, les propriétaires de Princesse ont réglé 657€ (TVA de 21% comprise) pour la consultation à domicile, l’hospitalisation intensive de 4 jours dont un week-end et tous les soins et médicaments administrés durant cette période, ce qui n’est pas vraiment coûteux en regard du travail fourni et du matériel mis en œuvre.  Mais avant tout, de la part d’un interlocuteur qui a vendu 2500€ un chien malade, cette affirmation est particulièrement culottée…

Alors, c’est vrai, la vente d’animaux telle qu’ils la réalisent est légale, et les chiens qui sont importés arrivent avec tous les papiers nécessaires.  Mais il est clair que leur vocation immédiate, c’est le commerce.  Leur but est de gagner de l’argent.  Comme tout le monde, bien sûr.  Mais aux dépens parfois de la santé et du bien-être des animaux, et de leurs nouveaux propriétaires lorsqu’il leur arrive telle mésaventure.  De mon avis, c’est un tort à partir de ce moment-là.  A vous de vous faire une opinion.

Twist de cette histoire qui finit bien – j’ai revu Princesse pour ses vaccins, elle a encore de légers reflux gastriques qu’elle gardera peut-être à vie mais à part ça elle est en pleine forme – l’analyse a identifié dans ses selles une bactérie… zoonotique. C’est-à-dire transmissible à l’homme! Le fait que personne au cabinet n’ait été malade tend à démontrer que les mesures d’hygiène que nous prenons sont effectivement au top! ;)

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