Alimentation raisonnée : théorie et aspirine.

Ces dernières semaines ont été riches en scandales alimentaires.  En plein cœur de la saison de la prévention, j’ai donc décidé de me pencher sur l’alimentation de nos carnivores domestiques.  J’ai pris mon carnet de notes et suis partie en mode ‘On est pas des pigeons’ – voir l’émission de la RTBF du même nom – retourner les paquets d’aliments dans une animalerie pour analyser leur composition.  Je me suis ici concentrée sur l’alimentation du chat, carnivore strict, dont les besoins sont plus spécifiques que ceux du chien, carnivore à tendance omnivore.

Qu’est-ce qui est important pour le chat?

  • La teneur en protéines dans la matière sèche : le chat a des besoins en protéines importants.  Il faut évidemment tenir compte du taux d’humidité de l’aliment dans le calcul.  Les recommandations sont de 30 à 45% de protéines dans la matière sèche*.  Un taux trop élevé est déconseillé parce que l’excès va se transformer en graisses, et certains auteurs concluent même qu’il pourrait être néfaste à long terme sur le rein.
  • La teneur en graisses dans la matière sèche : les chats supportent très bien de faibles taux en graisses dans leur alimentation, un taux excessif est par contre à l’origine de surpoids si l’animal est trop nourri, ou de carences si l’animal est restreint au nombre idéal de calories (puisque les autres éléments seront reçus en moindre quantité).  L’apport recommandé est de 9 à 30% de la matière sèche*.  La matière grasse est un appétant chez le chat.
  • Une préférence pour les protéines d’origine animale : nos petits félins se nourrissent à l’état naturel de proies, et devraient donc manger principalement des protéines provenant de produits animaux, et non végétaux.  Leur digestibilité est meilleure et leur profil en acides aminés est plus adapté aux besoins du chat.  Elles participent à maintenir un pH acide de l’urine.
  • La teneur en minéraux : autrement appelés matières inorganiques ou cendres. Les pourcentages recommandés dans la matière sèche sont : pour le Na 0,2-0,5% ; pour le Ca 0,5 à 1% ; pour le P de 0,5 à 0,8% (avec un rapport Ca/P de 0,9 à 1,5) ; pour le K de 0,6 à 1% ; pour le Mg de 0,04 à 0,1%*.  Des taux excessifs de certains d’entre eux pourraient être impliqués dans la formation des cristaux urinaires, ou à tout le moins un maintien de ceux-ci à des niveaux corrects interviendrait dans la prévention de ceux-ci.  Un excès de sodium doit être évité pour son implication dans l’hypertension.
  • La teneur en fibres : elles sont utiles pour un bon fonctionnement digestif, et si nécessaire pour diminuer la concentration énergétique d’un aliment de régime ou pour favoriser l’élimination des boules de poils.  Chez un chat adulte sain, un taux de moins de 5% dans la matière sèche est recommandé*.
  • La teneur en hydrates de carbone : les hydrates de carbone ne sont pas nécessaires dans l’alimentation du chat si suffisamment d’énergie est fournie par les protéines et les matières grasses.  Ils sont cependant présents dans tous les aliments secs, pour des raisons économiques et technologiques.  La présence de trop grandes quantités dans l’aliment peut provoquer de la diarrhée.  Leur digestibilité est augmentée par la cuisson et l’extrusion.  Il est recommandé de ne pas dépasser 45% de la matière sèche*.
  • Le taux d’humidité : dans les aliments humides, il y a une grande proportion d’eau.  Il faut en tenir compte dans votre évaluation du rapport qualité/quantité/prix de ce que vous achetez.
  • La qualité des matières premières : aucune étiquette à l’heure actuelle ne vous fournira malheureusement cette information de manière précise ; cependant, il faut bien se rendre compte qu’un aliment très bon marché ne peut pas être constitué d’excellentes matières premières, qui seraient plus coûteuses que le prix de vente.  Les firmes d’aliments qui ne précisent pas le type de viande, de sous-produits ou de céréales dans leur liste d’ingrédients peuvent d’ailleurs varier leur source en fonction des prix du marché afin de rester compétitifs.

*Les recommandations sont extraites de l’étude de Kirk et al. (2000)

Comment faire pour comparer les aliments ?

La tâche est un peu compliquée par le fait que tout ne soit pas toujours précisé sur les paquets quant à la composition des aliments.  Il manque souvent des pourcentages, parfois des précisions sur les ingrédients exacts, souvent le  détail des minéraux présents. Certains aliments ont d’ailleurs une liste beaucoup plus détaillée et précise que d’autres, preuve si pas obligatoirement d’une meilleure qualité, en tous les cas d’une meilleure volonté de transparence.  Vous pouvez cependant vous baser sur l’ordre des ingrédients dans la liste qui est liée à leur importance dans le produit.

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La digestibilité

En fonction de la qualité de l’aliment que vous achetez, la digestibilité peut être très variable.  En dehors des croquettes spécifiquement formulées pour faire maigrir votre animal, qui vont être enrichies en fibres et donc avoir une moindre digestibilité globale, les croquettes de meilleure qualité sont plus digestibles que les autres.  Plus clairement exprimé : elles vont nourrir davantage votre chat et participer moins à remplir sa litière.

Aliment sec ou humide ?

On constate qu’en règle générale un aliment humide, ne contenant pas ou peu de céréales, est mieux doté en protéines (souvent d’origine animale).  Cependant, certains d’entre eux sont trop riches en graisses, trop riches en protéines ou déséquilibrés en minéraux et oligo-éléments, il faut donc sélectionner là aussi les plus adaptés.  La présence de sel, en tant qu’appétent, est également un écueil difficile à éviter puisque le taux n’est généralement pas indiqué.  Le chat étant sensible à la texture et aux appétents plus présents dans certains aliments humides, il en sera souvent plus friand, parfois même excessivement. Mais l’inconvénient le plus marquant de l’alimentation humide exclusive va rapidement se révéler son prix, vu la proportion d’eau qu’elle contient et donc les quantités nécessaires pour remplir les besoins alimentaires de votre chat.

Un avantage majeur de l’alimentation sèche est sa practicité et sa bonne conservation : un chat devrait idéalement grignoter tout au long de la journée, or un aliment humide va souvent être ingurgité rapidement, et dans le cas contraire sera souvent rejeté dès qu’il sèche et devra être jeté ; les croquettes peuvent par contre être laissées dans le bol afin que le chat y ait un accès permanent.  L’effet abrasif d’une alimentation sèche est le meilleur facteur protecteur de la santé dentaire : nos animaux domestiques sont en effet sensibles à l’accumulation de tartre.

En conclusion ?

Il est malheureusement difficile de faire la part des choses devant l’insuffisance d’informations fournies sur certains aliments.  Devraient être favorisés les aliments à liste détaillée et précise, dont la source principale de protéines (et de matières grasses) est animale, avec des taux corrects en protéines et en graisses et raisonnables en hydrates de carbone et en minéraux.

La qualité de la matière première et la digestibilité sont difficiles à évaluer à priori, mais un prix trop bas et l’absence de détail sur la nature du produit (ex : viande et sous-produits) peuvent être des indices négatifs.

L’alimentation sèche est préférable pour la santé dentaire.  L’animal doit avoir accès à une eau propre et fraîche en permanence.

Les excès en tous genres doivent être évités, et mieux vaudra faire plaisir à votre animal de manière raisonnée, et par exemple avec des aliments frais (viande ou poisson, maigres et non salés) plutôt que des friandises préparées sur une base de céréales, parfois grasses, salées, ou même sucrées.

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